Notre Monde

Sortie au cinéma le 13 mars 2013

Par Wahnich Sophie

LBP le 11/03/13

Notre monde. Nous le vivons, le subissons et le fabriquons. A ce titre le film Notre monde se veut performatif. Pour mieux vivre il faut penser ce nous : « la commune », pour ne plus subir il nous faut des Lumières, celle du clair obscur d’une pensée qui tente de s’affirmer, de s’adresser et de rencontrer un public accueillant face à des caméras bienveillantes. Pour faire un « notre monde » tout autre, il nous faut du désir et de l’imagination, du courage, « talento » et amitié, il nous faut faire de la politique toute autrement et en toute lucidité.

Penser n’est pas un acte si facile à prendre en charge aujourd’hui. Cet effort est souvent mal reçu, souvent vécu comme une prise de pouvoir insupportable, un effort confondu avec l’expertise des chiens de garde. Ce film récuse en doute cette méfiance anti-intellectuelle, et se  propose de la déjouer en la montrant, c’est à dire en montrant l’engagement des visages et des voix de ceux qui disent qu’ils essaient de penser la situation de notre monde. Penser c’est-à-dire à la fois rêver le monde à venir mais aussi analyser ce qui pourrait le faire venir ou l’en empêcher.  C’est produire des stratégies et des mises en gardes, le sentiment de la perte et de l’espérance, la sensation du possible de l’impossible.  Penser, c’est proposer face aux murs, des chemins de traverse. Celui de la littérature où une femme puissante construit une échelle pour passer le mur, et devient oiseau pur y avoir perdu la vie.

Ce serait peut être ça la pensée aujourd’hui, la fabrique d’échelles pour passer des murs, fabriquer les ponts du commun et l’épreuve de la fragilité de cette action qui dispose désormais de si peu d’institutions civiles, de lieux pour s’élaborer. Notre Monde est la production de cette échelle, une institution civile où de la pensée ne cesse de circuler et de s’élaborer dans les salles des avant premières, dans la rencontre de voix et de corps, de Lumières et de clairs obscurs. Notre monde et les salles qui l’accueillent sont nos lieux du politique. Notre monde : attention rareté : ici on fait de la politique. Ici la raison sensible du cinéma fait de la politique.

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